Un four de verrier médiéval rallumé par une archéologue pour retrouver des gestes oubliés
Inès Pactat reprend recettes et techniques d’époque pour rallumer un four de verrier et retrouver des gestes et des matériaux tombés dans l’oubli.
En bref
- CNRS Le journal consacre une vidéo à la fabrication du verre comme au Moyen Âge.
- L’archéologue Inès Pactat reproduit un four de verrier d’un type vieux de plus d’un millénaire.
- Le projet s’appuie sur les recettes et les techniques de l’époque.
Pour savoir à quoi ressemblait le verre au Moyen Âge, il ne suffit pas toujours d’observer les fragments retrouvés dans le sol. Inès Pactat, archéologue, a choisi une voie plus exigeante : rebâtir un four de verrier et le faire fonctionner comme autrefois, afin que la matière et la main racontent ce que les objets seuls taisent.
Une question simple en ouverture
La vidéo publiée par CNRS Le journal, sous le titre « Fabriquer du verre comme au Moyen Âge », démarre par une interrogation que chacun peut se poser en regardant une vitre ou un gobelet ancien : quel aspect avait ce matériau il y a plusieurs siècles ? La formule est courte, presque naïve, et c’est justement ce qui la rend efficace. Elle place le spectateur dans la position du chercheur, face à un objet familier dont l’histoire reste en partie à reconstruire.
Le verre fait partie de notre quotidien au point qu’on oublie qu’il a fallu, pour l’obtenir, maîtriser un feu, choisir des ingrédients et répéter des gestes précis. Partir de son apparence médiévale revient donc à remonter vers toute une chaîne de savoir-faire.
Le pari d’un four vieux de plus de mille ans
Un four de verrier est l’installation où l’artisan chauffe les matières premières jusqu’à obtenir une pâte de verre qu’il peut ensuite travailler. C’est le cœur de l’atelier, et c’est cet outil qu’Inès Pactat a entrepris de reproduire. Le modèle retenu correspond aux fours en usage voilà plus d’un millénaire, ce qui situe l’entreprise très loin des équipements industriels actuels.
Le média du CNRS qualifie la démarche de pari audacieux. L’audace tient à la méthode : l’archéologue ne se contente pas de construire une structure qui ressemble à celle du passé, elle reprend aussi les recettes et les techniques de l’époque. Autrement dit, la reconstitution porte autant sur le four lui-même que sur la manière de s’en servir et sur ce qu’on y fait fondre.
Cette distinction compte. Une maquette fixe montre une forme ; un four qui chauffe, alimenté selon des procédés anciens, oblige à affronter les mêmes contraintes que les verriers d’alors. Chaque étape devient une expérience concrète, avec ses réussites et ses difficultés.
Retrouver ce que les textes ne disent pas
Selon CNRS Le journal, l’intérêt du projet est de faire réapparaître des gestes et des matériaux oubliés. Un geste d’artisan se transmet rarement par écrit : il passe d’une main à l’autre, s’ajuste à la chaleur, au poids de l’outil, à la réaction de la matière. Lorsqu’une tradition s’interrompt, ce savoir disparaît avec ceux qui le détenaient. Refaire les opérations dans des conditions proches de l’origine permet d’en retrouver une part.
Il en va de même pour les matériaux. Les ingrédients d’hier ne sont pas forcément ceux qu’on utiliserait spontanément aujourd’hui, et leur comportement au feu ne se devine pas sur le papier. Les remettre à l’épreuve dans un four fidèle à l’ancien modèle est une façon de comprendre pourquoi le verre médiéval avait l’allure qu’on lui connaît.
Pour prolonger le visionnage
La page de la vidéo, mise en ligne le 9 octobre 2026, propose d’autres contenus du même média qui croisent le sujet :
- « Des fours connectés à l’âge du bronze », pour une autre histoire de fours anciens ;
- « Quand le verre et la lumière font des étincelles », pour le verre vu sous l’angle de la lumière.
Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : cottonbro studio. Licence Pexels.