Nappes phréatiques : une ressource en eau qui ne se renouvelle pas
Chaleur record, pluies manquantes, restrictions dans 79 départements : le BRGM décrit une ressource souterraine qui ne se recharge pas, et dont la reconstitution reste incertaine.
Une ressource en eau se juge à ce qu’elle contient, mais aussi à sa capacité à se reconstituer. C’est ce second point qui inquiète le BRGM dans son bulletin d’octobre : à la saison où le stock souterrain devrait remonter, il continue de s’amenuiser. Le service géologique national fonde ce constat sur des relevés au 1er octobre, que Sciences et Avenir et Reporterre ont repris.
En bref
- C’est ce second point qui inquiète le BRGM dans son bulletin d’octobre : à la saison où le stock souterrain devrait remonter, il continue de s’amenuiser.
- Pour la ressource, cela signifie qu’un épisode pluvieux isolé ne suffirait pas à effacer le déficit : le retour à la normale se jouerait sur la durée.
- Les prochains bulletins mensuels répondront à cette question.
Un stock qui baisse au lieu de se regarnir
Le chiffre central tient en une phrase : 66 % des points de suivi présentent un niveau plus bas que la normale du mois. Le BRGM parle d’une situation « très préoccupante » et précise que la baisse touche tout le territoire, alors qu’on s’attend à voir la recharge s’engager. Reporterre cite le bulletin du 8 octobre et lui associe un adjectif plus sévère encore : l’état des nappes y est jugé « très dégradé ».
Les causes : chaleur record et pluies manquantes
Deux facteurs se cumulent. D’une part, un été qui bat les records : 24 °C de moyenne sur vingt-quatre heures, 3,6 °C de plus que les normales 1991-2020, avec 2003 et 2022 relégués derrière. D’autre part, une pluviométrie faible, qui a déclenché une sécheresse importante et durable. Reporterre résume le mécanisme ainsi : le déficit de précipitations s’est ajouté à des chaleurs de canicule.
Deux rythmes de réponse pour un même manque d’eau
Toutes les nappes ne réagissent pas à la même vitesse, et cette nuance conditionne la sortie de crise :
- les nappes réactives se rechargent dès que les pluies reviennent, en quelques semaines ; elles sont pourtant, pour presque toutes, en recul ;
- les nappes inertielles se modifient lentement, sur des mois ou des années, et leur niveau poursuit sa descente.
Pour la ressource, cela signifie qu’un épisode pluvieux isolé ne suffirait pas à effacer le déficit : le retour à la normale se jouerait sur la durée.
Une carte contrastée
La dégradation concerne la majorité du pays. Le Sud-Est constitue l’exception, avec la nappe de la Vistrenque et les sables astiens de Valras-Agde, qui ne suivent pas la tendance générale. Le niveau est au contraire très bas dans des ensembles aussi variés que la craie champenoise, les calcaires jurassiens, les grès vosgiens, les calcaires du Trias lorrain, la plaine d’Alsace au nord et les formations de socle du Limousin, du Morvan, du Livradois, du Forez ou du Vivarais.
Gérer la pénurie : restrictions et eau du robinet
Les restrictions d’usage sont l’outil de gestion le plus visible. Au début d’octobre, VigiEau recense 79 départements en crise et 14 en alerte renforcée, avec des limites sur les usages de l’eau. Plus grave, le ministère de la Transition écologique dénombre 94 000 personnes sans eau au robinet à la fin de septembre en métropole, soit 30 000 de plus qu’au début de ce mois-là. Le manque ne se mesure donc plus seulement dans les relevés des nappes, il atteint des foyers.
Des lendemains encore incertains
La sécheresse est censée s’achever en octobre. Le BRGM tempère : rien n’assure que les pluies d’automne seront efficaces, ni qu’elles parviendront à humidifier de nouveau les sols. Les prévisions de Météo-France jusqu’en décembre annoncent davantage de précipitations que la normale sur la façade atlantique et dans le nord-est, et des températures supérieures aux normales partout. Reste à savoir si ces pluies, quand elles viendront, rechargeront réellement les réserves souterraines. Les prochains bulletins mensuels répondront à cette question.
Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Mirko Fabian. Licence Pexels.